Activité : Équité et Population

Définir une population est souvent sinon toujours un acte de pouvoir puisque cette démarche nous amène à déterminer lesquels des groupes et des caractéristiques reçoivent une attention et sont considérés prioritaires et lesquels sont écartés, des choix qui comportent des conséquences. Par exemple, si nous définissons une population en termes de « Canadiens » par opposition « à des gens qui vivent au Canada », nous risquons d’exclure ou de mal cerner les besoins et les expériences des gens qui ne sont pas citoyens ou des gens qui vivent au Canada sans se considérer pour autant comme des « Canadiens », comme c’est le cas de gens qui se considèrent comme Québécois plutôt que Canadiens.

Dans un même temps, l’acte de définir une population particulière confère certains pouvoirs, selon les instances qui établissent la définition. Par exemple, en définissant la population « indienne », le gouvernement canadien décide quelles sont les personnes qui bénéficient de certains services et avantages et quelles sont celles qui en sont privées. Si le gouvernement revoit sa définition, certaines personnes peuvent acquérir ou perdre le statut d’« Indiens » et les avantages qui l’accompagnent, même si aucun autre élément n’a changé dans leur vie.

Le pouvoir que confère l’acte de définir une population n’est pas uniquement entre les mains des gouvernements. Par exemple, lorsque les Premières nations réclament le droit à l’autodétermination, ils réclament le droit de définir leur propre identité ainsi que ce qui appartient à leurs populations.

Les individus exercent couramment le droit de se définir en fonction de caractéristiques particulières et cela peut influer sur l’opinion que nous avons d’une population et sur la façon dont nous en parlons. Par exemple, dans les premières années de l’épidémie du VIH, les « hommes gais » étaient identifiés comme la population la plus à risque. Par ailleurs, la recherche et l’expérience ont graduellement révélé que les hommes qui avaient des relations sexuelles avec d’autres hommes ne se percevaient pas comme des homosexuels ou des bisexuels et que conséquemment, ils ne participaient pas aux programmes de sensibilisation ou de traitement ciblant les hommes gais. Cette constatation fait que nous utilisons maintenant l’expression « les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes » pour nommer cette population. L’appellation de cette population a donc changé, mais aussi notre compréhension de ses caractéristiques et de ses besoins.

Il est évident que nous devons clairement déterminer quelles sont les personnes que nous incluons et quelles sont celles que nous excluons, une tâche qui comporte un défi de taille. Les coûts liés à la collecte de données et le temps requis pour amasser l’information peuvent faire obstacles et freiner nos apprentissages sur les populations.

Par exemple, les sondages pancanadiens ne sont pas remplis par tous les Canadiens, mais plutôt par un échantillon de personnes que les chercheurs considèrent comme représentatif de l’ensemble de la population.

Dans un même temps, nous ne pouvons inclure toutes les personnes ou toutes les caractéristiques d’une population puisque nous ne possédons pas assez d’information. Par exemple, les chercheurs ne font que commencer à explorer les besoins et le vécu des femmes et des hommes transgenres.

Ce type de lacunes ou de limites en ce qui a trait à nos connaissances peut engendrer des iniquités. Lorsque nous ne comprenons pas pleinement les besoins et le vécu d’une population, nous risquons de créer des politiques et des programmes qui n’apportent aucune aide ou pire, qui aggrave la situation. Prenons le cas des programmes de dépistage du cancer du sein et du cancer du col utérin. La plupart des appareils utilisés pour effectuer des tests de dépistage ne sont pas conçus pour desservir les femmes handicapées, une situation inéquitable pour cette population.

Toutefois, l’iniquité n’est pas uniquement le résultat d’un manque de connaissances. Elle peut en être aussi la cause. Certains groupes de personnes peuvent être absents des données probantes et des analyses, tout simplement parce que nous ne pensons pas à les inclure en général. Par exemple, les campagnes de sensibilisation invitent les femmes à subir régulièrement des tests Pap (examen du col utérin pour dépister des cellules atypiques) mais elles ciblent généralement les femmes hétérosexuelles et ne tiennent pas compte des besoins des lesbiennes et des bisexuelles. N’ayant pas pensé d’inclure l’orientation sexuelle dans notre définition, nous avons créé une situation inéquitable pour les lesbiennes.

Comments are closed.








centre-logos ACEWH PWHCE BCCEWH

Sauf mention contraire, le contenu original de ce site est distribué sous licence Creative Commons Attribution-NoDerivs 2.5 Canada License.