Synthèse et interprétation

Pour élaborer et évaluer des politiques, des programmes et des recherches, nous devons recenser ce que nous connaissons et ce que nous ne connaissons pas d’une question ou d’une population. Nous pouvons commencer par résumer les données probantes que nous avons recueillies et chercher les thèmes émergents ainsi que les données manquantes.

Nous devons ensuite déterminer si nos données probantes s’appuient sur les concepts de base que sont le sexe, le genre, la diversité et l’équité. Entre autres, nous devons vérifier si nous disposons de statistiques établies selon le sexe et d’autres déterminants pertinents de la santé, comme le revenu, l’origine ethnique, l’éducation et les habiletés. Par exemple, l’une des études de cas dans le document Se montrer à la hauteur du défi présente une AIGS portant sur les temps d’attente dans le domaine de l’arthroplastie totale d’une articulation (ATA) – le remplacement chirurgical de la hanche et du genou. Les chercheuses ont donc amorcé leur réflexion en posant la question suivante : Le temps d’attente pour une chirurgie de remplacement de la hanche et du genou est-il le même pour les femmes et les hommes? Lorsqu’elles ont procédé à la cueillette de données, elles ont constaté que les statistiques gouvernementales dans les provinces et les territoires n’étaient pas ventilées selon le sexe ou d’autres déterminants de la santé. En bout de ligne, elles ont pu prendre connaissance du nombre de chirurgies de remplacement qui étaient réalisées, des lieux où ces interventions étaient faites, des temps d’attente, mais elles n’ont pu connaître le sexe ou l’âge des personnes qui les ont subies ou qui étaient sur la liste d’attente. En d’autres termes, elles n’ont pu établir s’il y avait autant de femmes que d’hommes sur les listes d’attente ni déterminer si les temps d’attente étaient les mêmes pour les deux sexes.

Nous devons également vérifier si la recherche se penche sur divers groupes de personnes. Une telle synthèse de base nous permet de cerner la présence de différences et de similitudes entre les populations et de déterminer les groupes sur lesquels portent les données et les groupes qui sont laissés pour comble. Par exemple, de nombreuses études canadiennes ne comportent aucune donnée sur les personnes qui vivent dans les territoires nordiques, notamment le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut. En fait, les données portent surtout sur les résidants des régions méridionnales, une situation qui fait de cette population un groupe privilégié à l’étape de l’élaboration de politiques et programmes.

Cette synthèse de base étant complétée, nous devons poser d’autres questions de pointe, notamment sur l’impact de certaines problématiques sur divers groupes et sur les expériences communes ou différentes de ces collectivités. En d’autres termes, nous devons nous pencher sur le contexte de vie de ces gens, y compris les rôles que jouent le genre, la diversité et l’équité.

Prenons comme exemple la question des soins non rémunérés. Nous savons que la plupart des personnes qui prodiguent des soins non rémunérés à des membres de la famille et à des amis sont des femmes. Les statistiques sont claires à ce sujet. Par contre, ce qu’elles ne révèlent pas, c’est le fait que les femmes subissent souvent des pressions pour assumer ce rôle. Ces pressions découlent de croyances personnelles et sociales selon lesquelles les femmes sont par nature des êtres soignants et que ce rôle leur revient tout naturellement. Dans un même temps, nous devons étudier attentivement les données des recherches pour bien cerner les contextes dans lesquels les femmes et les hommes prodiguent des soins. Comme le suggère cette caricature, les personnes soignantes ont souvent de nombreuses autres responsabilités et le poids de ces obligations combinées peut exercer des effets nocifs sur leur santé et leur bien-être social et économique. Si nous voulons concevoir des politiques et programmes efficaces et équitables, nous devons aller au-delà des soins dispensés pour nous pencher aussi sur les demandes et les besoins de divers groupes de personnes soignantes.

Ayant déterminé ce que la recherche révèle et ce qu’elle ne révèle pas, nous pouvons davantage offrir un avis éclairé et fiable en ce qui a trait à la conception et l’évaluation de politiques et programmes. Il est essentiel de cerner les points forts et les limites des données probantes. Nous ne pourrons jamais concevoir des politiques et des programmes parfaits, qui répondent aux besoins de toute la population en tout temps. Par ailleurs, nous pouvons établir de façon précise quelles sont les populations qui seront probablement favorisées par une politique ou un programme particulier et quelles sont celles qui ne le seront pas. Si nous pouvons déterminer quelles sont les populations qui n’ont pas été incluses dans une étude, nous pouvons déterminer les avenues de recherche qu’il faut explorer ou approfondir. Cette démarche peut aussi soutenir les efforts visant à anticiper et réduire les préjudices pouvant découler de politiques et programmes, comme par exemple l’augmentation d’iniquités en matière de santé.

Image: Utilisé avec la permission du comité Femmes et réforme du système de santé

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