Pratiquer l’itération

« L’itération » est une pratique qui nous amène à réfléchir sur nos connaissances concernant une question ou une population précises et à modifier notre pensée et nos démarches de manière à combler nos lacunes quant à ces connaissances et à corriger les incohérences et oublis. En d’autres mots, l’itération nous amène à nous poser régulièrement les questions suivantes : Quel est le sujet d’étude? Qui a établi le cadre? Qui est à risque ou dans le besoin? De quelles données probantes disposons-nous pour faire la lumière sur cette question?

Il est essentiel de procéder à une itération à chaque étape de l’AIGS, mais cette démarche est particulièrement importante à l’étape de l’élaboration des implications puisque ce processus peut changer notre point de vue. Il peut notamment nous amener à aborder une question sous un autre angle, inclure d’autres populations ou des populations supplémentaires, chercher d’autres types ou d’autres sources de données probantes. Reprenons l’exemple du casse-tête. À l’étape où nous commençons à assembler les pièces, il se peut que nous constations qu’il nous manque de l’information et aussi certaines pièces. En d’autres termes, nous prenons conscience que nous devons examiner une question ou une population sous un angle différent. Les pièces du casse-tête s’imbriquent de manières inattendues. L’itération nécessite une volonté de prendre du recul, de procéder à une réflexion concernant les données probantes, la situation ou le contexte et de poser des questions auxquelles nous n’avons pas pensé antérieurement. Au fil du processus, le casse-tête peut changer de forme, ainsi que l’image que nous tentons de créer.

Pour comprendre ce qu’est l’itération et son effet sur l’élaboration des implications, penchons-nous une fois de plus sur l’exemple des temps d’attente en matière de remplacement chirurgical de la hanche et du genou. Tel que mentionné antérieurement, les chercheuses ont amorcé leur démarche avec une question qui semblait relativement claire : Les temps d’attente pour une chirurgie sont-ils les mêmes pour les femmes et les hommes? Au fil de la recherche, elles ont pris conscience de la nécessité de définir la notion de « temps d’attente » avant de pouvoir répondre à cette question. En fait, il existe de nombreuses définitions et plusieurs façons de mesurer ces temps, et les décisionnaires, les professionnels de la santé et les patients ne partagent pas toujours la même définition.

Dans un même temps, les chercheuses ont commencé à s’interroger, à savoir si les femmes et les hommes avaient les mêmes besoins de base en ce qui a trait à ce type d’intervention. Selon leur constat, le nombre de femmes et d’hommes qui nécessitaient une chirurgie était semblable, mais les problèmes d’articulations différaient selon le sexe. En ce qui a trait à une telle intervention, le sexe tout autant que le genre influaient sur les besoins de la population, un constat qui découle de la biologie des dommages causés aux articulations et de la façon dont les femmes et les hommes utilisent leur corps pour travailler et se divertir. Par exemple, les hommes ont plus tendance à pratiquer des sports qui les amènent à soulever des poids, une pratique qui endommage leurs articulations, alors que les femmes souffrent davantage d’arthrite. Les chercheuses ont aussi constaté que la prise de radiographies, la méthode généralement utilisée pour déterminer la nécessité de remplacer une hanche ou un genou, ne s’avère pas un bon outil pour indiquer l’intensité de la douleur ressentie et le niveau d’incapacité associé à la détérioration des articulations, notamment chez les femmes.

En prenant du recul et en retournant maintes et maintes fois à la question fondamentale de la recherche – c.-à-d. en mettant en pratique le processus d’itération – les chercheuses ont commencé à voir cette question, les populations et les données probantes sous un angle différent. Elles ont remplacé leur question initiale par une série de sous-questions. Plutôt que de demander simplement si les femmes et les hommes vivaient les mêmes temps d’attente pour une chirurgie, elles ont commencé à se demander si les femmes et les hommes subissaient en fait une chirurgie, et si les femmes tout autant que les hommes étaient traitées selon l’importance de leurs besoins.

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